Elle s'appelait Emma Engel née le 21 septembre à Dornach (maintenant réuni à Mulhouse) et décéda le 8 janvier 1947 à Versailles. Elle était la fille de Frédéric Engel (1818-1883) dit Engel-Dollfus et de Julie Dollfus (1843-1911). Son père était un grand industriel qui sut faire prendre un nouveau tournant à l'entreprise de son beau-père Jean Dollfus, qui fut un pionnier de la fabrication d'indiennes en France et maire de Mulhouse de 1863 à 1869, en la réorientant dans la fabrication de fils (à coudre, à broder etc.) et que tous les brodeuses etc. connaissent sous la marque DMC. Il s'illustra également par la création de nombreuses œuvres philanthropiques. Son père avait épousé la fille aînée de Jean Dollfus.

Ses premiers souvenirs vont à ses grands-parents paternels, à qui elle allait rendre visite en calèche avec ses frères et sœurs, après avoir traversé champs et forêts. Ils habitaient un petit village Cernay. Son grand-père Jean-Frédéric (1784-1862) était un ancien manufacturier et s'était aussi associé à son beau-père Witz, dont il avait épousé la fille Annette. Il fut aussi le juge de paix du canton. A la retraite, ils menaient la vie austère de calvinistes. Sa grand-mère par exemple lavait elle-même ses habits et avec l'argent économisé, améliorait le sort des pauvres de Cernay. Un des rares luxes que se permettait son grand-père était un clavecin, avec lequel il jouait, à ses petits-enfants, des airs. Il cultivait aussi dans son jardin les premières renoncules. Quand elle arrivait avec ses frères et sœurs à Cernay, sa grand-mère leur faisait des beignets soufflés et de la crème à la vanille. Après le déjeuner son grand-père les emmenait manger du sucre et des gâteaux chez le confiseur. Leurs jeux étaient simples : arroser les plantes du jardin, faire des grimaces et gager celui qui riait le premier ou à Pâques, chercher les œufs de toutes les couleurs ou en sucre rose laissés par un lièvre parmi les buis, ou aller admirer les Vosges sur la tonnelle, ou faire des promenades agrémentées de pique-niques composés de pâtés, de filets de poulet avec de la salade de pomme de terres, de tartelettes aux amandes.

Son grand-père, à la mort de sa femme, vint habiter Dornach, village où s'était installé et développé l'entreprise de son grand-père maternel, puis de son père : Dollfus Mieg & Cie. A chaque visite de ses petites-filles avaient, il criait : « Marie, elles sont là » et la bonne apportait l’omelette alsacienne qu’elle avait faite.

Le téléphone n'existant pas encore, une autre distraction consistait à rendre visite à la famille. Elle allait avec sa mère voir, par exemple, sa tante Zélie Engel qui avait épousé Edouard Doll, directeur des houillères de Ronchamp qui approvisionnait les machines à vapeur de la manufacture de son père. Il avait été aussi sous-préfet d'Altkirch et de Roanne. Comme beaucoup de ces dames charitables, sa tante allait visiter les pauvres et emmenait sa nièce avec elle. Elle faisait aussi de la dentelle avec adresse et des confitures.

Emma allait voir aussi ses grands-parents maternels tous les samedis. Son grand-père Jean Dollfus était aussi un grand philanthrope et patriote. Après la défaite de 1870 et lorsque les Allemands voulurent rançonner Mulhouse, il avait jeté à la tête d'un général allemand la décoration que lui avait donné l'empereur Guillaume, car ce premier qui voulait bombarder la ville si les mulhousiens ne leur versaient pas la rançon. Il possédait un chalet à Rixheim en face de la chaîne des Vosges. De là, on avait une vue sur Badenwiller où les Mulhousiens allaient en villégiature : bains agrémentés de concerts de musique ! Leurs loisirs étaient toujours simples : par exemple jouer aux boules. Si elle adorait ses grands-parents paternels, sa grand-mère maternelle, par contre, lui faisait un peu peur.

Fragile comme beaucoup d'enfants, le médecin de famille l'envoyait prendre les bains d'Oberbaden en Suisse.

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, elle ne menait pas une belle vie d'enfant gâté. En effet, après un petit-déjeuner, consistant en un café au lait sans sucre avec un morceau de pain sans beurre, elle commençait à étudier l'italien à 8h du matin. Elle arriva avec sa sœur Laure à un tel niveau qu’elles faisaient tout en italien : parler, rêver, penser et surtout se disputer. Elles travaillaient toute la matinée sauf un quart d'heure pour manger leur "dix heures" fait de pain avec une petite poire, quelques noix ou un morceau de cassonade. Après dix heures, elle allait, de temps en temps, faire une visite à son grand-père paternel. A midi, elle allait se laver les mains et se brosser les cheveux et se mettait à table. Sa mère faisait la cuisine depuis une heure pour la maisonnée, mais aussi pour les malades et des ouvrières de la fabrique. Un jour, elles invitèrent leur frère à manger le pot au feu de la salade cueillie dans leur petit jardin et les moineaux rôtis tirés à la carabine par leurs frères, puis un pudding de pain avec des raisins et une sauce au sirop dans une chambre dont le sol était couvert de toile cirée et contenait deux buffets et une machine à coudre et une table. Jouxtant cette salle à manger rustique, il y avait une chambre avec des tapis, canapés et les meubles de leurs poupées.

Dès qu'elle avait déjeuné, elle sortait avec sa sœur par tous les temps pour faire une promenade entre une heure et demi et deux heures et demi pour leur santé, cou et bras nus jusqu'aux épaules et sans jupon de laine, même en hiver ! Puis, elle reprenait les leçons jusqu'au goûter à 16h pendant lequel elle buvait du café de gland. Elle avait un professeur pour l’écriture, un pour l’histoire, un pour la géographie, le calcul. Les leçons d'allemand étaient faites par un professeur très sévère, M. Lehr, qui tapait son frère Eugène et le coursait à travers la maison paternelle ! Il lui arrivait de monter l’après-midi sa jument Pômette ou de chasser des papillons bleus, jaunes, blancs dans le jardin.



Elle faisait avec sa sœur Laure beaucoup de piano et jouait Mozart, mais aussi Bach, Chopin, Beethoven etc. Tous les 15 jours, il y avait une soirée de musique à la maison, où chacun jouait ou chantait. Elle allait aussi prendre des leçons de solfège en ville, c'est à dire à Mulhouse, habillée de robes à grands carreaux rouges et noirs qui faisaient retourner les passants à leur passage. Il lui fallait, de temps en temps, composer une valse, que le professeur jouait devant les autres élèves, provoquant l'hilarité débridée des autres jeunes filles qui n'étaient, d'ailleurs, pas plus douées qu'elle.

Son instruction et son éducation furent, finalement, faites par des enseignants et des pasteurs, à une exception près. Un jour, son grand-père paternel lui tint un discours moralisateur qui la marqua : "les filles doivent toujours être modestes et ne jamais se mettre en avant", mais sa timidité, et pour cause, l'empêcha d'émettre toute contestation, ce qu'elle regrettait dans son journal.

Ses journées étaient bercées par le bruit des machines de la fabrique toute la semaine, si bien qu'elle redoutait le silence du dimanche, anticipant déjà l'arrêt de la fabrication des imprimés chez DMC et donc la possibilité de s'approvisionner en étoffes pour faire des robes à ses poupées et rapiécer les jupons des filles pauvres. De plus, le bureau de son père touchait la maison d’habitation.

Comme autres récréations, ses parents leur avaient donné un petit jardin où elles faisaient pousser des radis et du cresson, ainsi que des plantes ramenées de leur promenade. Un grand étang se trouvait derrière la maison, où elles pêchaient la grenouille au bout d'une ligne avec des feuilles de géranium, mais des cygnes, devenus méchants, sortaient de l'eau et les poursuivaient.

Elle donnait également, après chaque repas, les restes de pain et des pommes à des cerfs et des biches enfermés dans un enclos du parc. Elle était aussi chargée, en été, de cueillir les fraises pour les repas avec leur institutrice dans le potager. A son grand dépit, une cigogne appelée Françoise, essayait de la piquer pendant leur cueillette. Dans un autre potager, elle cueillait également des framboises, mais souvent, était dérangée par les petits garçons de la fabrique qui leur tendaient leurs mains pâles.

Non loin de la fabrique, il y avait un grand étang et chaque hiver, elle fit ses premiers pas. Tous les dimanches, elle allait au temple avec toute la maisonnée, les vieux avec la victoria et les jeunes à pieds.

Même en vacances, elle devait travailler son chant dans le salon de l'hôtel où sa famille était descendue et toujours dans un but philanthropique : donner un concert pour les pauvres. Un autre passe-temps consistait à visiter la salle d'asile, ancêtre des maternels, que son père avait créée dans l'enceinte de la manufacture et qu'il subventionnait intégralement. La directrice essayait de leur faire jouer un rôle de dame patronnesse, mais elle avait du mal à garder leur sérieux. Puis, plus âgée, elle s’occupa de la salle d’asile avec sa mère et sa sœur Laure, puis organisèrent elles-mêmes cette fête, où elles récompensaient les petites-filles pour leurs travaux - confection de bas de laine tricotée, tabliers cousus – avec des jouets et des gâteaux et félicitaient les maîtresses.

Un autre moment récurrent de cette bienfaisance patronale était l'arbre de Noël de la salle d’asile. Son père ayant aussi créé et financé deux maisons de patronage, tous les enfants des ouvriers et les malades venaient manger un repas et recevoir des cadeaux. C’est pourquoi, toute l’année, pendant ses récréations, elle fabriquait des cadeaux. Pour cela, elle allait choisir des dessins d’organdi et de mousseline imprimée et des étoffes au magasin de la fabrique de 20 mètres de long, puis les cousait à la machine.



Leur père était bon avec ses enfants et ne manquait pas de leur faire plaisir. Il s'amusait aussi souvent avec eux. Par exemple, il se mettait au piano et commençait à faire l'orage et tous les enfants couraient dans tous les sens et finissaient par se réfugier derrière les rideaux de velours bleu du salon, puis jouant un air d'église, les enfants sortaient avec un air recueilli afin de remercier la providence que le tonnerre ne soit pas tombé sur la maison, puis ils les faisaient danser en jouant une valse. Après sa mort, en 1883, elle mit deux ans à se consoler.

Quand il faisait très chaud, elle allait avec sa sœur Laure se baigner dans la Doller en calèche conduit par le cocher Hofer. Avant de se jeter dans l'eau froide, elles fermaient les rideaux de la voiture pour se déshabiller.

Plus âgées, elle apprit à monter à cheval dans le manège de la propriété sur un grand cheval blanc nommé Balaklava et sa sœur Laure sur un alezan rétif et leur mère un cheval Rouen. Plus tard, leur grand- père Jean Dollfus fit venir deux chevaux blancs d'Algérie, mais ils prenaient souvent le mors aux dents. Emma en montait un avec le cocher.

Un jour, elle alla à Mulhouse au concert avec son institutrice, puis un autre au théâtre avec sa maîtresse, où elle s’amusa à lancer aux chanteurs qu’elles avaient cueillies dans le jardin de Dornach. A Pâques, il y avait une cavalcade à Mulhouse. Un grand ours, en fait son frère Gustave, arpentait les rues en tendant une sébile à chaque passant. En fait, il faisait la quête pour les pauvres de la ville. Dans le cortège, un char transportait son frère Alfred déguisés, avec ses camardes, en vieilles dames, assises autour d’une table et prenant le thé en mangeant du Kougloff et des petits gâteaux. En fait, ils mimaient les sociétés du vendredi de Mulhouse, dans lesquelles ces dames passaient plus de temps à goûter, qu’à travailler pour les pauvres.

Son père recevait la famille chez lui, mais aussi les voyageurs de la maison qui allaient, de par le monde, vendre les fils DMC. Tous les pasteurs de passage venaient aussi voir ses parents, car ils étaient très généreux.

Elle aimait particulièrement passer ses vacances à Waedenswil en Suisse au bord du lac de Zurich, où son grand-père maternel avait une maison de campagne voisine des restes d'un vieux château à 20 minutes du village et un quart d’heure d’une ferme. D'ailleurs la Suisse était un lieu de villégiature qu'aimaient beaucoup les familles alsaciennes y passant souvent leur week-end. Elle devait prendre l’omnibus puis le bateau à vapeur pour y aller. Un jour, elle fit sensation sur le pont : tous les passagers s'attroupèrent autour d'elle, car elle avait avec elle dans une cage des perruches vertes à têtes bleues, récemment importés d'Amérique.

Tous les matins étaient consacrés aux leçons et l’après-midi à la promenade avec les cousins accompagnés de leur instituteur et institutrice. Elle jouait les temps de pluie dans une galerie à colin-maillard avec ses frères et sœurs. Les bains au lac lui procuraient aussi beaucoup de plaisir, bien qu'elle n'aima pas plonger. La famille avait un cabanon et frères prenaient plaisir à plonger d'un plongeoir aménagé. Depuis le cabanon, la famille péchait des perches. Les filles allaient aussi pêcher des écrevisses dans le ruisseau qui bordait la forêt du château. Aussi, ils s'amusaient, à la source, à pétrifier toute sorte d'objet, dont des étoffes pour faire des robes à ses poupées. Elle jouait aussi à la dînette avec les légumes du jardin qu'elle faisait semblant de cuire.

Son grand-père maternel et ses oncles pêchaient d'énormes brochets vivants avec un pêcheur autochtone dans le lac de Hütten au pied du Hohrohne, afin de les mettre dans la grande fontaine de la cour et emmenaient de temps en temps manger des "stribeli" (espèce de beignets) dans une auberge dominant le lac. Sur la route vers l'auberge, elle admirait les vachers dans leurs cabanes d'alpage préparant le célèbre gruyère suisse.

Elle allait avec sa mère faire des courses à Zurich et sa mère en profitait pour aller prendre des leçons de chant. D'ailleurs tout le monde chantait dans la famille Engel et avait un registre différent ce qui leur permettait de chanter des morceaux à plusieurs voix. Son frère Fritz et son père jouait du piano.

Elle prenait aussi chaque semaine des leçons de musique et un violoncelliste venait de Zurich l’accompagner. Elle étudiait en plus, à partir de 6 h du matin, pendant 3 heures le piano, alors que tout le monde dormait encore. Elle avait trois professeurs de piano, un tous les huit jours, un autre deux jours par semaine et le dernier pour apprendre le solfège et à déchiffrer.

Autour de la cour de l'ancien château, il y avait des maisons où chaque enfant de Jean Dollfus et sa descendance habitaient, les industriels passant la plupart du temps en famille en dehors de leur travail dans leur manufacture. Les soirs d'été de grand repas réunissaient toute la tribu. Ils allaient aussi pique-niquer dans les près sur deux nappes, les enfants d’un côté, les adultes de l’autre.

Quand les Prussiens se rapprochèrent de l’Alsace, son père l’envoya avec ses sœurs Laure et Marie avec miss Book à Waedenswil.

Chaque été, elle faisait un voyage ou un séjour de campagne avec ses parents. Un jour, ils partirent au Hohwald où ils montèrent leurs trois chevaux parmi les forêts de sapins si belles de ce pays. A Frohbourg, elles s’amusa avec sa sœur à capturer des poules sous leurs crinolines, en mettant du pain sur leurs souliers. A Interlaken, elle fit des courses à pieds de montagne avec sa mère, ses frères et leur précepteur.

Une autre fois, elle alla avec sa mère à Strasbourg passer 8 jours en 1869. Elles firent des visites (le téléphone n'existait pas encore et ces dames et messieurs avait des jours fixes où ils étaient présents pour recevoir des visites) et furent invités de tous côtés. Par exemple, elles patinèrent à la Roberssau, puis elles allèrent à un splendide bal à la mairie toute vêtues de belles robes de Paris en laque, en tulle et satin blanc. Bien qu'elles aient bien dansé, leur plaisir fut gâché car leur robe n'arrêtait pas de s'accrocher aux médailles de messieurs les officiers en grand uniforme. Elles virent à la Cathédrale admirer l'horloge.

Une autre fois, elle alla sur le lac de Côme. Elle se promenait en barque quelques fois au et un soir au clair de lune, elle entendit des voix chanter accompagnées d'un piano : c'étaient des fiancés qui avaient mis un piano sur une barque pour s'accompagner !

Elles allèrent également aux bains à Saint-Moritz dans l'Engadine, où elle côtoyèrent des princesses de l'aristocratie italienne de la famille Boromée.

Elle prenait aussi des bains de mer chaque été avec ses Parents. Elle aima particulièrement Lions sur mer dans le Calvados. Le matin était consacré au piano et au travail scolaire. L’après-midi, elle s’amusait avec ses frères, ses sœurs et des connaissances. Elle péchait aussi des crevettes et des équilles en maillot de bain et rentrait quand elle en avait suffisamment pour le déjeuner. Elle jouait, à 15 et même à 20 enfants, à toute sorte de jeux sur la plage comme à colin-maillard. Mais à dix heures du soir, elle devait rentrer. Elle alla aussi à Houlgate et Beuzeval.

Elle fit aussi un voyage en Allemagne et en Hollande avec son frère Gustave et sa sœur Laure. Munich l'intéressa pour ses musées de peinture. Ils remontèrent le Rhin et virent Coblence et Mayence etc., mais ils furent indisposés par le fourmillement de soldats prêt à tomber sur les Français, comme la guerre de 1870 en a été l'exemple. A Dresde, ils allèrent écouter les maîtres chanteurs de Wagner et Emma fut déçue à cause du manque de mélodie qu'on puisse retenir. A Salzbourg, ils descendirent très vite dans les mines sur de petites luges, un mineur leur ayant pris sur le dos. A Hambourg, elle admira le zoo et l’arboretum.

En Hollande, avant d'arriver à Amsterdam, elle fut frappée par les bateaux à voiles qui naviguaient au milieu de prés parsemés de vaches et par le commerce intensif de porcelaines de Chine et du Japon. Elle admira les champs de tulipes à perte de vue dans les environs de Leyde. Elle remarqua que les Hollandais sont lents dans leur travail en les comparant aux ouvriers français qui passent pendant des demi-heures à discuter en fumant une cigarette. Une autre année, ils allèrent à Jersey. A Saint-Hélier, ils visitèrent la maison de Victor-Hugo et furent impressionnés par ses dessins et peintures.

A l'âge de 17 ans, elle fut mise en pension à Lausanne, chez une dame française, veuve d'un pasteur. Elle ne pouvait jouer du piano le dimanche pour ne pas froisser deux bigotes de la pension ! Tous les mercredis, elle allait à une réunion de prière à la chapelle où passaient souvent des évangélistes, mouvement libéral de l'église protestante, avec qui les industriels mulhousiens sympathisaient.

C’est à une soirée de musique qu’avait organisée son grand-oncle Jean Kœchlin, qu’elle rencontra son futur mari Rodolphe Kœchlin. Pendant l’entracte, son frère Gustave lui présenta son ancien camarade de Collège. Ils se revirent au bal costumé qu’avait organisé les industriels de la chimie, les Kestner de Thann. Ils dansèrent quelques quadrilles, mais discutèrent surtout. Quand éclata la guerre de 1870, sa mère ne l’autorisa pas à aller lui dire adieu, comme les autres jeunes filles de Mulhouse. Son destin faillit changer car, lors du siège de Belfort où Rodolphe se trouvait, un obus tomba sur son lit au moment où il venait de le quitter. D’ailleurs, le canon qui tirait sur Belfort faisait trembler les vitres de sa chambre à coucher. Un jour, en revenant d’une visite qu’elle avait faite à sa mère à Schinznach, en sortant du train, elle rencontra son cousin Edouard Doll et Rodolphe Kœchlin qui revenaient de Zurich. Les voitures au sortir de la gare étant prises d’assaut par de nombreux voyageurs, Rodolphe la raccompagna dans sa voiture découverte. Cette promenade défraya la chronique et le tout Mulhouse jasa pendant plusieurs jours ! Ses fiançailles débutèrent après que son beau-père, arrivant en coupé, fit sa demande. Son père avait construit à ses frais un club où se réunissaient les ouvriers de la fabrique pour participer à toute sorte d’activités culturelles et sportives. Elle se maria dans la salle d’asile ou crèche, où chaque dimanche il y avait un office religieux, et c’est dans la grande salle du club qu’eut lieu le dîner de mariage. Pour lui faire plaisir, son pasteur de Lausanne et sa maîtresse de pension étaient venus. Le soleil brillait ce jour-là et un rayon vint illuminer son voile pendant la bénédiction.

Une version contractée de cet article a été pblique dans Votre Généalogie n° 24, mais avec des photos.